Accueil Date de création : 28/03/09 Dernière mise à jour : 17/09/09 13:06 / 12 articles publiés
 

Chapitre sept ღ  posté le jeudi 17 septembre 2009 13:06

 

 

Chaque lettre, je les buvais comme j'aurais bu l'eau la plus pure du monde. Mais il n'y avait rien de pur dans son récit. Chaque lettre passait en moi naturellement, tout comme l'oxygène empli naturellement mes poumons. J'ai parcouru de mes yeux deux ans de sa vie ; tuant deux ans de la mienne. Le temps passait, je ne le voyais pas. Son récit me consternait, je ne te voyais pas Julien. Et aujourd'hui,je m'en mords les doigts. Deux ans dans une vie, ce n'est pas grand chose. Elle a passé deux ans à vivre, j'ai passé deux ans à hiberner ; oubliant la vie s'écoulant autour de moi. Et je la déteste. Je la déteste autant que j'aurais voulu l'aimer. Ma vie n'a plus sa place ici, dans cet écrit. Ou du moins, elle est secondaire. A l'époque, je l'ai mise en arrière plan, derrière la sienne, il faut que vous le compreniez. Il n'y avait rien de plus important pour moi que sa vie. Je ne pourrais pas réellement raconter ce qui s'est passé pour moi durant ces deux années ; puisque je n'en ai pratiquement aucun souvenir. La seule chose marquée dans mon esprit, ce sont ces lettres. Celle là était la continuation de la précédente, aussi surprenante, effrayante, attérante...



Tu sais, je me suis souvent dit que je n'aurais jamais du agir ainsi. Aucune fille de mon âge n'aurait fait ça. J'avais quinze ans, comme toi. Et j'étais naïve, si innocente. Tout ce que je cherchais, c'est un peu de piment dans ma vie. Alors je lui ai serré la main un peu plus fort et il m'a fait monter dans la camionette blanche. Là, j'ai retrouvé les autres hommes. Ils avaient tous entre 18, peut-être 19 et 25 ans. Je n'ai pas vraiment eu le temps de les observer ; la camionette n'avait pas de vitre et il faisait noir. L'un deux a enroulé un bandeau autour de mes yeux. Ils ont allumé une lampe. Je sentais leur regard peser sur moi. Et ils riaient, ils ne cessaient de rire. Un frisson parcouru mon corps ; l'air froid de la nuit s'infiltrait dans la camionette. Un des hommes m'a passé une couverture autour des épaules. J'aurais voulu la refuser, je te jure que je le voulais. Mais la force me manquait. Alors, à tâtons, je l'ai attrapée de mes deux mains et je l'ai serrée un peu plus contre moi. Et ils ont ri, ils n'ont cessé de rire. Je n'osais pas penser à ce qui avait bien pu se passer avec cette couverture. Je ne voulais pas. Je fermai les yeux un peu plus fort sous le bandeau. Et les photos des filles me revinrent en mémoire. L'article que j'avais lu dans le journal ressurgit en moi. Chaque mot défilait un à un devant moi. Et je sentis mon coeur se rétracter dans ma poitrine, mon corps s'est crispé et ma respiration s'est saccadée. Eux, ils riaient, ils n'en finissaient pas de rire. Soudain, la camionette s'arrêta dans un crissement assourdissant. Tout mon corps bascula en avant. Mais plus personne ne riait. Quelqu'un a ouvert la porte. J'ai eu le temps de reconnaître sa voix. Et puis plus rien. Le trou. Noir.

Quand je me réveillais, je n'étais plus dans la camionnette. Je sentais le sol froid sous moi. C'était du vulgaire béton, froid. Un frisson parcouru mon corps. Mes yeux étaient ouverts, mais je ne voyais rien. Seul le noir m'entourait. Aucune respiration à part la mienne ne venait troubler le silence. J'essayai de me lever, mais je m'écroulai par terre. A quatre pattes, j'avançai droit devant moi. Bien vite, ma tête heurta le mur froid. La pièce ne devait pas faire plus de cinq mètres carrés. Mes yeux s'étant peu à peu habitués à la pénombre, je découvris la forme d'un matelas. Doucement, j'avançai jusqu'à lui. Ca devait être un vieux matelas ; quelque chose de trouver dans une décharge. Il empestait l'urine. Je décidai donc de m'asseoir dans un coin de la pièce, m'adossant eu mur glacial. Et j'ai attendu. Je ne saurais dire combien de temps. Le nuit devait s'achever. Ou bien faisait-il déjà jour au dehors. J'attendais. J'attendais qu'on vienne me chercher. J'attendais un signe de vie, quelque chose. Au loin, j'entendais le bruit des moteurs, étouffé. Ma gorge était sèche, mon estomac bien trop vide et j'avais froid. Je me recroquevillai un peu plus, ramenant mes genoux contre ma poitrine. Mes longs cheveux roux tombèrent en cascade sur mon visage. De ma main droite, je commençai à tracer des lettres invisibles sur le sol froid. Et, d'un coup, je sentis un long filet de larmes couler le long de mes joues.

Un bruit me tira de mes songes. Un bruit de clef. Un bruit de cadenas que l'on déverrouille. Mon coeur accéléra le rythme de ses battements. De mes mains devenues moites, j'essuyai mes yeux encore emplis de larmes. Au fond de moi, j'espérais que ce soit Henri qui pousse cette porte. Mais ce ne fut pas lui. Un jet de lumière m'aveugla et je distinguai une ombre passer l'embrasure de la porte. Il se mit à rire, un rire de crécelle. Et en aucun cas ce n'était celui d'Henri. Il s'approchait de moi et ne cessait de rire. Son rire emplissait tout mon corps. Plus qu'un mètre le séparait de moi. Et mes larmes se remirent à couler. Il était sur moi. Ses mains m'attrapèrent et me soulevèrent du sol. Ce contact me faisait mal. La douleur se propageait dans tout mon être. Et ce n'était pas près de s'arrêter. Il aurait fallu que quelqu'un d'autre arrive, mais personne ne viendrait. Il referma la porte. Son corps était contre le mien. Je ne pouvais rien faire contre lui. Les images des autres filles défilèrent sous mes yeux. J'étais la suivante. Trop fatiguée pour me débattre, mes bras retombèrent le long de mon corps. Ses mains se baladèrent sur moi. Il commença à me déshabiller. Je pleurais à n'en plus finir. Il ne cessait de rire. Et puis la porte s'est ouverte sur un autre homme. Ce ne serait donc pas le seul à me passer dessus pensai-je. A moins que ce ne soit Henri. Mais mes yeux trop pleins de larmes ne distinguèrent pas le visage de cet homme. Tout ce que je cherchais, c'est un peu de piment dans ma vie. C'est tout, du piment.

 

 


__________________________

Vos impressions ?

 

Partager

Déposez un commentaire !

(facultatif)

(facultatif)

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.107.191.110) pour vous identifier.     

Tous les commentaires de l'article:
Chapitre sept ღ

  • neliah

    mar 03 nov 2009 00:56

    J'aime beaucoup, ton histoire m'a vraiment touchée, vite vite la suite!!

  • crossed-road dim 11 oct 2009 16:42
    ma chouchou mon alexechouuu!
    J'ai pas encore lu par faute de temps. Je lis ça ce soir surement!
    Je t'aime!!! A bientôt!

  • fknights sam 10 oct 2009 16:39
    Aaaaah, ben voilà, le rythme s'accelere ! Vivement la suite !
    Bon, je ne peux venir que le week-end et dans un etat tres fatigué, donc je ne sais pas si ce que je dis c'est pertinent.

  • elodied03 jeu 08 oct 2009 22:00
    *o*
    C'est tout simplement bien écrit, on fait comme Espérance le temps d'un chapitre, on laisse notre vie de côté pour se plonger dans le sien, avoir peur pour elle.


 

Accueil | PC | PS3 | 360 | Wii | PS2 | DS | PSP | IPHONE | Web |
Jeux du moment : Bioshock 2 PC | Bioshock 2 PS3 | Call of Duty : Modern Warfare 2 360 | F1 2009 Wii | Assassin's Creed II : Discovery DS