Sa voix rauque retentit dans la nuit. Tous se retournèrent vers lui. Il venait de prononcer un mot, un seul, et tous se figèrent. L'homme près de moi se recula. Et puis, il se mit à rire. De sa bouche pâteuse empestant l'alcool sorti quelques sons. Sons qui me glacèrent jusqu'aux os... " Quoi ? Toi, Henri, tu te soucis du sort d'une des filles ? Toi qui ne dis jamais rien. Qui n'en choisis jamais. Toi qui nous laisse tout faire. Toi, l'éternel indifférent.... ". Pour toute réponse, le dénommé Henri s'approcha de moi. Son haleine avait la même odeur d'alcool. Ses yeux gris se fixèrent sur moi. Il s'approcha doucement, me détaillant de la tête aux pieds. Je retins mon souffle. Sa main chaude frotta ma joue. Se contact déclencha sur moi un sursaut. Doucement, son corps se colla contre le mien. Je sentis les battements de son coeur s'harmoniser avec les miens. La pluie se mit à tomber. Des gouttelettes devenant de plus en plus grosses déferlèrent sur nous. La pluie battante était au rendez-vous, ainsi que les nuages, les éclairs et le tonnerre. Il rapprocha un peu plus sa bouche de la mienne. Je sentis son souffle chaud courir sur mes lèvres. Sa main gauche se positionna sur ma hanche. Sa main droite avança jusqu'à mon omoplate. Tendrement, il me ramena un peu plus à lui. Nous n'aurions pas pu être plus proches l'un de l'autre. Tout son être se mêlait au mien. Ses frissons dus à la pluie étaient miens. Ses lèvres n'osèrent s'accrocher aux miennes. Il pencha sa tête dans mon cou et huma mon odeur. Sans savoir pourquoi, je m'étais légèrement parfumée avant de sortir de chez moi, ce soir là. Ses longs cheveux noirs me chatouillèrent la nuque. Un nouveau frisson me secoua. Il se recula et s'excusa. Moi... Moi, je ne savais plus où j'en étais. Je ne savais plus quoi penser. J'aurais voulu qu'il reste un peu plus longtemps blotti contre moi. Sa tête lovée au creux de mon cou. Mais, brusquement, sa main attrapa la mienne. Il se retourna et avança. Sa main toujours agrippée à la mienne. Je ne savais pas où il voulait m'emmener. Je ne savais pas si je voulais le suivre. Si c'était très prudent. Je n'avais plus aucune notion du temps, de la réalité, de la vie. Je me suis laissée emporter. Puis, tout à coup, le voile de l'illusion se retira, me laissant voir clairement ce qui allait se passer. Je revis les images des trois dernières adolescentes enlevées cette année, dans cette région. Mais c'était trop tard. La camionnette blanche devant moi s'ouvrit. Je vis l'homme qui m'avait approchée le premier, tenant fermement la porte coulissante. Henri me regarda. Il se rapprocha doucement de moi. Mais, il n'y avait plus ce quelque chose de magic qui m'avait ensorcelée quelques secondes plus tôt. Non, il ne restait plus rien de cette magie. De sa voix que je trouvais avant apaisement rauque, il me chuchota : " Ne me force pas à être violent. Je n'en ai aucune envie. Je ne veux pas ta faire mal. Je ne veux pas qu'il t'arrive malheur. Alors s'il te plait, monte dans cette camionnette. " Parce qu'il ne m'arriverait peut-être pas malheur si je lui obéissais ? Je ne croyais pas un mot de ce qu'il venait de me dire. Il n'était qu'un menteur, un traître. Mais, il était si beau. Le contact de sa paume contre la mienne m'était si agréable. Mes prunelles croisant les siennes étaient si étincelantes. Oui, il avait ce petit truc en plus. Oui, il avait eu sur moi cet effet que l'on peut appeler coup de foudre. Oui, je pense que dès le premier regard, je suis tombée raide amoureuse de lui. Mais l'amour ne peut pas toujours nous aider à faire les bon choix. L'amour n'est pas toujours une bonne solution. De nouveau, les images des filles disparues me revinrent en mémoire. Si je ne voulais pas être la quatrième en un an à peine, il fallait que je parte. Maintenant. Il fallait que je cours. Que je cours jusqu'à la maison. Et que je retrouve mes parents. Il fallait que je leur raconte tout. Que je leur décrive la camionnette blanche. Il le fallait. C'est pourquoi, dans un premier temps je fis mine d'avancer pour monter dans la camionnette. Henri desserra légèrement l'étreinte de sa main sur la mienne. J'en profitai pour m'échapper. Ou du moins, essayer. Pris par surprise, il me libéra. Mais quand il réalisa ce que j'étais en train de faire, il me poursuivit. Je ne savais pas en quoi j'étais si importante pour lui. Je ne comprenais pas ce que je valais à ses yeux. Maintenant, je le sais. Cette scène, nous l'avons tant de fois rejouée. Après ça, il m'agrippa par la taille et me fit faire volte-face. Il me souleva du sol. Je me débattais, mais rien n'y faisait. J'essayai de crier. Mais, comme à l'accoutumée, j'étais trop effrayée pour qu'un son ne sorte de ma bouche. Quand j'étais petite fille, c'était pareil. Je faisais un cauchemar. Et, je voulais appeler au secours Maman. Mais je n'arrivais à faire sortir aucun bruit de ma gorge. Là, c'était la même chose. Et j'avais beau donner des coups de pieds dans tous les sens, rien n'y faisait, il ne me lâchait pas. En dernier ressort, je décidai de faire comme dans les films et de lui mordre le bras. Je plantai donc mes dents dans sa chair. Son bras fut parcouru d'un léger mouvement. Mais il ne me lâcha pas pour autant. Consciente que je ne pouvais rien contre lui, je lui demandai de me poser à terre. Je lui dis qu'il me faisait mal, là. Et lui rappelai ses paroles. Il m'avait affirmé qu'il ne voulait pas être violent avec moi, qu'il ne voulait pas qu'il m'arrive malheur. Alors je lui expliquai que ses bras serraient trop forts mon ventre. Je lui promis de ne pas me remettre à courir. Je ne sais pas pourquoi, il reposa mes pieds au sol. Il me pris par là main. Et, doucement, nous avons avancé, main dans la main, vers la camionnette. Vers le futur. Vers notre futur. Tout au fond de moi, une petite voix me répétait qu'une fin n'est que le début de quelque chose de nouveau. J'essayais de me convaincre que je n'avais aucune raison de m'inquiéter. Que je ne finirai pas, comme les autres, nue dans un fossé. Et puis, je l'ai regardé, lui. L'étincelle était revenue. Maintenant, je le sais. Je sais qu'un début n'est qu'une fin. Il ne faut rien espérer d'une quelconque nouvelle situation, nouvelle vie, nouvelle maison. Il ne faut rien espérer de tout ça. Parce que derrière, parce que plus loin, tout ce qu'on retrouvera, c'est la fin . Notre fin.
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Vos impressions ?
PS : C'est court, je sais, plus court que
d'habitude. Mais je ne pense pas avoir le temps d'en faire plus
avant de partir en vacances... Alors je vous dis bonnes vacances à
tous, amusez-vous bien, profitez... Et à la rentrée ;)
Bises.


je disais donc chapitre epoustouflant, et suite si imprevisible qu'elle tient en haleine, bravo !