Comment se rendre compte que l'on aime quelqu'un ? Comment savoir que ces larmes lui sont destinées ? A l'époque, je ne comprenais rien au mot amour. Il n'était pour moi qu'un inconnu. Quelqu'un que je n'avais jamais vraiment croisé. C'est ce que je croyais. Et toi, Julien, que croyais-tu ? A cette époque, étais-tu amoureux ? Oui, bien sûr que oui. J'aurais du m'en rendre compte plus tôt. J'aurais du te pardonner. Mais maintenant c'est trop tard. Notre avenir est devenu passé. Tout ce que je peux, c'est raconter notre histoire à des inconnus. Essayer de leurs exposer mes sentiments. Leur expliquer. Et, si ce livre n'a aucun succès, je m'en fiche, en fait. Si j'écris ce n'est pas pour eux. Non, c'est pour toi, pour moi, pour mes parents, mes grand-parents. Mais, surtout, pour toi. Pour que toi tu comprennes. Depuis la dernière fois que je t'avais vu, plusieurs jours s'étaient écoulés. Cinq pour être précis. Et tu me manquais. Tu me manquais horriblement. Tes supplications, tes gémissements, tes lamentations, tes blagues... Tout. Toi. Tu me manquais. Mais, si tu savais, comme aujourd'hui, comme ces dix dernières années, tu m'as manqué. Oui, encore plus qu'à cette époque. Parce qu'à cette époque, je ne comprenais pas. Tout se chamboulait dans ma tête, et je ne comprenais pas. Je suis entrée dans un jeu où je ne comprenais rien. Ni les règles, ni le but. Chaque lettre que je recevais, je les prenais pour une délivrance. Mais condition de ma prison, elles ne m'aidaient en rien. Je les ai suivies aveuglément. J'ai lu mot après mot. Et j'ai cru. J'ai cru en cette chose. J'ai cru en cette espoir. J'ai cru en ce mot qu'on appelle vérité.
Et puis, une fois, je repassais par là. Par cette rue. Et ses souvenirs. Ces souvenirs m'ont inondée. Ils m'ont attaquée et je n'ai su résister. Je me suis adossée au mur. Tu te souviens, ce mur. A l'époque, je t'en ai voulu longtemps. Et longtemps je n'ai plus voulu m'en approché. Tu m'avais embrassée. Enfin, juste un petit bisous du bout de tes lèvres, sur les miennes. Tout timide tu t'étais avancé vers moi. Et tu l'avais fait. Longtemps j'ai cru que ce serait le seul baisé que j'aurais de toi. Je n'en voulais pas d'autre. Je t'en voulais. Tu n'avais pas le droit. Mes lèvres m'appartenaient. Et je ne voulais pas que tu y touches sans me demander. Surtout dans cette rue. Julien, la rue de notre rencontre. Je me suis laissée glisser sur ce mur et choir sur le sol. Il n'était ni chaud ni froid. De toutes façons je ne ressentais plus la chaleur ni le froid. Des frissons me parcouraient le dos. Et je pleurais. Je pensais à notre rencontre. Je pensais à ce que c'était passé depuis. Je pensais aux évènements les plus récents. Et je pleurais. J'avais deux lettres en ma possession que je ne t'avais pas montrées. Je les serrais entre mes poings. Fort, le plus fort possible. Si j'avais pu les déchirer, je l'aurais fait. Mais je ne pouvais pas. Au fond de moi je gardais cet espoir. Au fond de moi je chercher encore la vérité. Alors je me suis contentée de mes larmes et de ce vent tiède. Je me suis contentée de mes cheveux me giflant le visage et de mes yeux embrumés. Mais la vision ne m'aurait pas servie. Nous étions là, face à moi. Je repensais encore au passé. Comme pour notre premier baisé, je repensais à notre passé. J'étais dans la rue. Et je repensais à notre rencontre. Nous avions six ans. Il faisait chaud. Le mois d'août touchait à sa fin. Il reviendrait. Chaque année il reviendrait. Mais ce mois d'août de cette année là, tout a changé. Pour la première fois j'étais dehors, seule. Je ne connaissais personne. Je ne connaissais rien. Je n'étais jamais sortie seule. Habituellement il y avait toujours un adulte avec moi. Je ne comprenais pas. Mais ce n'était pas à moi de décider. J'étais heureuse. Je flânais le long des murs de briques. Je sautillais et je ne regardais pas devant moi. Je marchais au hasard. J'étais heureuse mais j'avais peur. Je ne connaissais rien ni personne. Encore moins la vie. Je n'avais que six ans. GranMa m'avait encore giflée. Mais j'en avais assez de pleurer. J'avais assez pleurer. Je n'avais pas fait attention plus que ça à la lettre. Oui, c'est ce jour-là, le jour de notre rencontre que j'ai aussi rencontré le premier passage de vérité. Mais je ne le savais pas et je m'en moquais. Pour moi ce n'était rien d'autre qu'un bout de papier. Avec quelques écritures que je n'avais pas réussi à lire. Je ne m'en formalisais pas, je savais que j'étais très forte à l'école alors que ça devait être normal que je ne réussisse pas à lire ce qu'il y avait sur ce papier. Je sautillais donc, rasant les maisons. Et, au coin d'une rue, de cette rue, ce qui devait arriver arriva. Toi non plus tu ne regardais pas devant toi. Trop heureux d'entrer en CP. Tu avais maintenant le droit d'avoir tes propres clés. Le droit de sortir t'amuser seul. Tu te sentais bien, heureux, libre. Et nos corps se sont entrechoqués. Je t'ai regardé. Mon visage s'est obscurcit. Ce n'étais pas possible qu'il y ait des enfants aussi maladroits. Des garçons aussi inattentifs. Bien sur que non, que ce n'étais pas de ma faute. C'était toi. Tout était ma faute. C'était mon caractère et tu n'y pouvais rien. Tu m'as regardée, les yeux désolés. Et puis, j'ai ouvert la bouche pour crier et tu t'es ressaisis. Tu n'allais pas laisser une petite nouvelle te marcher sur les pieds. Oui, je n'étais jamais sortie seule alors tu ne savais pas que j'habitais la maison à côté de la tienne. Tu m'as vue ouvrir la bouche et tu as crié avant moi. Tu m'a dis que non, ce n'était pas ta faute. Que j'y étais aussi pour quelque chose. Et que je n'avais qu'à faire attention à où je mettais les pieds. Et puis, tu m'as contournée et tu as continué ton chemin. Je croyais que tu allais te retourner. Mais tu as tenu bon et tu as marché. Moi, je ne comprenais pas. Je ne savais pas que lorsqu'on croisait quelqu'un dans la rue, il fallait se faire crier dessus. J'avais longuement observé GranMa quand on allait au marché le dimanche par exemple, et jamais je ne l'avais vu crier sur quelqu'un comme ça. Alors je t'ai rattrapé. Et, le plus gentiment possible je t'ai dit : " Tu n'as pas le droit de me crier dessus, je ne te connais pas. Pourquoi tu m'as dit ça ? Toi aussi, tu ne regardais pas où tu allais. Et puis tu m'as fait mal. J'ai mal à la tête et au pied à cause de toi. Alors je veux que tu t'excuses. ... Non, n'ouvre pas la bouche pour protester, ça ne servira à rien. Tout ce que je veux c'est des excuses et un beau sourire. " Et pour te montrer l'exemple, je t'ai souri de toutes mes dents et je me suis excusée. Alors, tu m'as imitée. Et nous avons chacun continué notre route. Mais plus jamais je n'ai vu cette rue sous le même angle. Parce que ce jour là, j'avais enfin réussi à croire aux anges. Tu étais le premier ange que je croisais. Bien sur, pas ange dans le même sens que ce que les gens pensent. En rien tu n'étais quelqu'un de mort qui aiderait maintenant les vivants. Non, tu étais un petit ange, une petite boule de lumière. Un rayon de soleil. Et plus jamais je n'aurais besoin de m'inventer des soleils pour chasser la pluie de mes yeux, parce que je t'avais toi. Oui, c'est ce que j'ai pensé le jour de notre rencontre. Mais là, j'étais assise par terre dans la rue, seule, et mon ange n'était pas là. Tu n'étais pas là. Et mes larmes coulaient. Je ne pouvais que t'imaginer près de moi. Et je revivais cette scène. Nous avions tout les deux crié chacun notre tour. Et nous nous étions souris. Finalement, tout était rentré dans l'ordre. Mais jamais sur ton visage je n'ai vu le sourire hypocrite que les gens adressaient à GranMa quand nous allions au marché le dimanche.
Julien, tu te souviens de nos premiers jours en CP ? Nous stressions tout les deux autant avant d'entrer dans la classe. Tous les jours pareil. Parce que nous savions que si nous parlions trop la maîtresse allait nous changer de place. Et nous ne voulions pas. Parce que sans toi, l'école devenait quelque chose d'ennuyeux. Sans toi, mes jours sont maintenant parfois bien mornes. Mais ce que je ne savais pas faire à l'époque j'ai appris maintenant à m'en servir tous les jours. Je me passe de toi, mais pas de des souvenirs de toi. Alors je replonge dans le passé. Le passé que je racontais, là, durant ces lignes, au début, c'était celui de notre dispute. Nous nous étions disputés. Et l'angoisse que j'éprouvais chaque matin en arrivant à l'école, je la ressentais ce jour-là bien plus forte. Parce que je la savais vraie. Tu n'étais pas là et tu me manquais. Et puis, j'ai vu une ombre se profiler au coin de la rue, juste à côté de moi. Je n'y ai pas prêté attention, puisque n'importe qui pouvait passer par-là, à cette heure ci. Alors j'ai attendu que tu t'accroupisses à côté de moi et que tu me relèves le menton pour sauter dans tes bras. Tu m'as serrée plus fort que tu ne m'avais jamais serrée. Et puis, ton regard c'est attardé sur deux bouts de papier qui virevoltaient dans le vents. Tu m'as lâchée et tu as couru. Je t'ai vu sauter, plonger, et les rattraper. Tu ne savais pas ce que c'était et tu n'as pas chercher à la savoir. Tu me les a tendus. Mais je ne les ai pas acceptés. Je te les ai redonnés et me suis rassises par terre. Tu t'es positionné à côté de moi. Et tu as lu. Une fois le dernier mot imprimé dans ton cerveau, tu t'es relevé. Et tu as m'a prise la main. Tu m'a soulevée. Et, sans lacher ma main, tu t'es mis à courir. La plie tombait. Je n'avais rien remarqué. Je courais avec toi. Et j'étais heureuse. Tu ne m'en voulais pas. Tu ne m'en voulais plus. On est arrivé chez toi, on était trempés. Mais ça ne me dérangeait pas. On est monté dans ta chambre sans prendre la peine de se déchausser et on s'est allongé sur ton lit. Là, au creux de tes bras, je me suis endormie. Je rattrapais toutes les heures de sommeil qu'il me manquait. Au creux de tes bras tout allait bien.
Tu avais passé les cinq derniers jours à me parler froidement. En fait non, tu me parlais quand tu y étais contraint. La plupart du temps, tu m'évitais. Mais là, j'étais dans tes bras. Il était vingt-et-une heure. J'étais chez toi, allongée sur ton lit. Cela faisait déjà trois heures que tu me tenais contre toi. Et moi je dormais. Comme une enfant, je dormais au creux de tes bras. Toi, petit ange, boule de lumière. Jamais je n'avais vécu une telle expérience... Celle de découcher. Mais, avant tout, celle de dormir chez quelqu'un d'autre. Dans un lit qui n'est pas le mien. Non, effectivement, GranMa ne m'avait jamais laissée passer la nuit autre part que dans sa grande maison. Je ne sais pas si elle avait peur qu'il ne se passe quoi que ce soit avec toi. Ou bien alors avec les parents ? Je ne sais pas. Pendant longtemps je n'ai pas su. Aujourd'hui, je comprends. Oui, je crois qu'aujourd'hui je comprends. Ce qu'elle a vécu. Je ne le souhaite à personne. Mais, à cette époque, j'avais quinze ans, j'étais jeune et frêle, quoi que j'en dise. Et je ne savais rien. J'étais au creux de tes bras, bien innocente. Il ne s'est rien passé entre nous ce soir là. Il ne s'est jamais rien passé entre nous. Rien de physique. Mais, mentalement, notre relation était riche. Plus riche encore que n'importe qu'elle millionnaire. La richesse matérielle n'offre rien. Ni le bonheur, ni l'amour. Notre richesse à nous nous l'offrait. J'ai dormi tout contre toi. Tes bras grands et musclés m'entourant la taille. Ta chaleur protectrice m'envoûtant. Mais, au delà ce désir charnel qui montait en toi et que je ne percevais pas, au delà de ça, il y avait autre chose. Quelque chose de beaucoup plus inquiétant. Il y avant quelqu'un qui se mordait les doigts. Son coeur battait aussi vite que la fois d'avant...
Changement de
narrateur
Comme la fois précédente, j'ai regardé ma montre. Les aiguilles se mouvaient et me décrivaient une heure plus que déraisonnable pour une fille de quinze ans. Comme la fois précédente, je me suis posée des questions. J'ai scruté la fenêtre, décortiqué chaque son. Mais rien ne me faisait penser qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter. Comme la fois précédente, tout portait à croire au contraire, qu'il fallait s'inquiéter. Ce n'était qu'une jeune fille, si jeune. Elle était belle. Comme la précédente, elle était belle. Une beauté rare, presque mystérieuse. Elle avait de longs cheveux roux, la précédente. Celle-là, elle, maintenait que ses cheveux étaient affreux, qu'elle ferait mieux de se les teindre. Elle les gardait à la hauteur du cou, coupés en un simple carré. Mais cela n'altérait en rien sa beauté. Elle avait de grands yeux verts. Comme la précédente. Et ses yeux vous transperçaient. Elle avait les lèvres légèrement pulpeuses. Ce qui la différenciait de la précédente. La rattachant à son géniteur. Mais, oh, ne me parlez pas de lui. Ne me parlez pas de ça. Ne me parlez pas de cette histoire. Surtout ce soir. Ce soir où elle aussi n'est pas rentrée à la maison. Toute la soirée durant, j'ai tourné en rond. Roger, lui, était tranquillement assis dans son fauteuil. Il ne l'a plus jamais quitté depuis le soir. L'autre soir. Il avait l'air tranquil. Il n'avait pas peur, lui. Maintenant, maintenant je crois qu'il regrette. Et, comme s'il voulait réparer ses erreurs, il passe le plus de temps possible dans ce fauteuil. Je ne sais pas en quoi ça changerait quelque chose. Non, je ne sais pas. Peut-être l'attend-il toujours. Notre fille. Peut-être espère-t-il qu'elle passe une nouvelle fois le pas de cette porte. Avec ses longs cheveux roux. Mais elle ne le fera pas. Elle ne le fera plus. La dernière fois qu'elle l'a fait, deux ans c'étaient écoulés depuis le soir tragique. Avant de pouvoir pousser cette porte, un drap était posé sur sa tête. Elle n'est pas morte, non. Par ce jour-là. Elle se cachait, c'est tout. Elle se cachait de la honte. Du regard des gens. Elle se cachait de mon regard, de celui de Robert. Et, elle. Pourra-t-elle repasser cette porte ? Reviendra-t-elle ? Ce soir-là, comme le précédant, j'ai scruté ma montre. Mais, à la différence du précédant, la fille a repassé le pas de la porte. Juste le lendemain matin. Avec la mine radieuse. A la différence du soir précédent, la fille était avec une personne radieuse. Cette fille. Celle qui est aujourd'hui ma petite-fille. Espérance. Espérance est repassé par cette porte, le lendemain matin. L'autre, la précédente, non...
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Vos impressions ?
PS : Désolée pour le retard =S. Je sais,
j'ai mis énormément de temps à publier ce chapitre. Je vais bientôt
partir en vacances (je pars le 12 juillet et je reviens le 31 août)
et je ne sais pas si j'aurai le temps d'écrire un chapitre d'ici
là... D'ailleurs, avant de partir, j'aimerai bien savoir combien
j'ai de lecteurs (lectrices). Donc, manifestez-vous s'il vous plait
! Les fantômes, ne restez pas fantômes, au moins pour cet article,
svp
Merci. Bises.
PPS : L'éventuelle reprise en main de mon
ancienne histoire sims (Look for them) se passera ici... Allez faire un tour
;)

