Accueil Date de création : 28/03/09 Dernière mise à jour : 17/09/09 13:06 / 12 articles publiés
 

Chapitre quatre ღ  posté le samedi 09 mai 2009 10:40

 

 

J'étais en cours de Maths. Le professeur venait à peine de commencer son long et ennuyant monologue. Il aimait son métier. Et ça se voyait. Mais, lui, voyait-il que personne ne l'écoutait ? Il ne le voyait sûrement pas, puisque depuis le début de cette année catastrophique il n'avait toujours pas réagi à cette anarchie plus que grandissante qui régnait dans ses cours. Mais il aimait son métier, n'était-ce pas le principal ? Tant qu'à moi, j'aimais laisser mes pensées vagabonder. Ce n'était pas du goût de Julien. Qu'importait. Ces cours plus que barbants ne m'offraient pas la chance de résister à mes pensées si alléchantes. Le professeur -ou du moins ce qui nous servait de professeur- s'époumonait à nous expliquer, à renforts de moult gestes plus inutiles et effrayants qu'attrayants et captivants, ce qu'était une fonction affine et ce qui la différenciait d'une fonction linéaire. Rien de plus ennuyant. Les gens disent que les mathématiques sont importants parce qu'ils peuvent nous servir n'importe où au cours de notre quotidien. Moi, je dis que jamais je ne me sentirai pénalisée de na pas avoir suivi ce cours et de ne pas avoir capté ce qu'opposait ces deux fonctions aux noms affolants. Cette matière n'était pas ma tasse de thé. Mais elle ne me dérangeait pas non plus. Non, je ne me plaignais pas. Elle m'offrait une sieste plus que recommandée dans mon cas. Mes nuits se résumaient à écouter et décoder le moindre bruit émanant du grenier. Mes cours de mathématiques se définissaient par un mot plus simple, dormir. Je posai donc ma tête au creux de mes bras nonchalamment étalés sur ma table. A mes côtés, Julien, lui, réussissait à rester captivé par les paroles de cet être inhumain à la diction maladroite et horripilante. Il griffonnait de temps à autres quelques chiffres accompagnés de lettres éparses. Puis, il relevait la tête et souriait. Il aimait ces cours. Exploit que je n'ai jamais réussi à comprendre. Alors que Shakespeare s'évertuait à mettre dans la bouche de ses personnages de multiples questions existentielles telles qu'être ou ne pas être, je m'affairais à comprendre ce mystère. Chose bien plus difficile, à moins humble avis.

Peu à peu, au fil des longues minutes que je voyais distinctement défiler sous mes yeux et au son du " tic-tac " que perpétuait ma montre collée à mon oreille, je me laissais dériver vers tout autre chose. Je repensais à la lettre. Elle m'était arrivée la veille au soir, tard dans la nuit. Comme si son destinataire avait hésité longuement avant de m'avertir de sa présence. Chaque révélation me bouleversait plus encore que la précédente. J'allais de surprise en surprise. Et je vivais les émotions de l'auteur avec une réalité et une conviction déroutantes. Au fil de ma lecture je comprenais un peu plus ce qui se passait. Et je finissais par m'endormir tard dans la nuit, accompagnée de toutes ces pensées et espérances. Au matin, lorsque mon réveil me sortait de ces songes, ce n'était juste que pour me voir y replonger cinq minutes plus tard, non plus au creux de mon lit mais sous les doux et plutôt brûlants jets d'eau émanant de ma douche. J'avais cette sale habitude qui consistait à augmenter de plus en plus la température des projections. Pendant quelques secondes elles m'étonnaient. Puis je m'y habituais et je réitérais mon geste consistant à rehausser encore une fois la température. Je sortais finalement de ma douche plus mise en retard que réveillée et prête à affronter une nouvelle journée. Je vivais dès lors dans le seul espoir de pouvoir acquérir un nouvel écrit de la personne qui me fascinait au plus haut point. Les deux derniers que j'avais en ma possession étaient restés secrets. En effet, je n'avais pas jugé utile d'en informer mon cher Julien. Chose allant à l'encontre de sa bonne humeur, je le voyais bien. Il avait cette agaçante habitude qu'ont les meilleurs amis de tout réussir à déchiffrer dans mes yeux. Alors, dès la première heure de ce matin, il a su qu'il se passait quelque chose. Il ne savait pas quoi, mais ça n'allait pas tarder. Il avait cette autre excédante habitude qui se résumait à toujours réussir à me faire parler. Et ça n'allait pas couper. Dès que la sonnerie retentit -autrement dit, dès que mon cher meilleur ami eu fini de torturer son cerveau à coup d'équations diverses- il se jeta sur moi, avide de révélations. Solide comme un roc, je résistai. Tout du moins, je réussis à ne rien lui dévoiler dans la minute qui suivis. Cependant, je ne parvins pas à stopper cette précipitation et me retrouvai les fesses bien vissées au sol. Après avoir, comme de bien entendu, heurté mon adorable professeur de mathématiques qui ne trouva rien de mieux à faire que de me donner quatre heures de colle " pour rattraper le nombre d'heures que j'avais gaspillées à dormir dans ses cours ". J'aurai donc le droit à " quatre heures de cours particuliers ". Autant le dire, j'étais aux anges. Expression complètement chétif et insignifiante. Dieux n'existe pas, pourquoi les anges auraient ce droit plus que lui ? La main moqueuse de Romuald m'attrapa le poignet et me releva. Je le regardai, hautaine. Ou du moins, j'aurai voulu l'être. Mais mes yeux se posèrent vite sur le sol et je me jetai quasi littéralement dans les bras de Julien. Non pour me mettre à l'abri, mais pour le tabasser... sous les yeux intransigeants de notre professeur. Il me sorti de la classe. S'en suivi un long, interminable parcours du combattant nous faisant traverser un nombre incalculable de couloirs. Nous exerçant au slalom. Les couloirs du collège étaient effectivement, encore emplis de petits enfants jouant à se taper dessus. Heureusement que cette année était ma dernière. La suivante, je la passerais au lycée. Établissement où, selon les dires du frère de l'inimitable Julien, la bêtise était écartée de notre chemin. Plus ou moins. Mais une fille toute aussi saute que les autres me perturba dans la poursuite de mes pensées ô combien intéressantes. Cette idiote n'avait pas réussi à mettre un pied devant l'autre sans me rentrer dedans. Elle avait le nez rivé sur son téléphone portable, objet sûrement plus qu'utile à sa survie. Pathétique. Pourquoi, mais pourquoi l'homme a crée cet objet des plus horripilants qui maintient en vie des millions de personnes sur cette terre ? Des millions de cons en moins, ce ne serait pas ça, un monde parfait ?! Bref, elle s'était tout de même rendu compte de la gêne qu'elle avait occasionné sur mon petit être déjà trop meurtri pas tous les sentiments l'assaillant. Elle se retourna, rouge écarlate. Elle prononça un vague « désolée ». Mais le cœur n'y était pas. Elle souriait. Elle devait sûrement avoir reçu un message d'une de ses amies qui lui disait qu'elle l'aimait plus que tout au monde. Ou peut-être de son copain ?! Non, trop niaise pour ça. Quoi-que...

 

- Ouhou, Espérance, tu dors ? venait de me crier bien trop fort un garçon plus que charmant... sauf là. Il agitait maintenant sa main devant mes yeux, comme pour vérifier qu'ils soient bien en état de marche.

 

- J'ai l'air d'avoir les yeux fermés là ? Raaa, Julien, ta bêtise me tuera, un jour...

 

- Mais ma Puce, si l'on t'écoutait, tout le monde serait des idiots finis... Mais bref, revenons à ce qui nous intéresse. Qu'elle est cette grande nouvelle ô combien importante pour que tu réussisses à ne pas pester haut et fort ton mécontentement quand cette pauvre Noémie, qui ne t'as jamais rien fait, t'es rentrée une énième fois dedans ??

 

- Juju, les phrases courtes et compréhensibles, tu connais ?? Mais bon, pour ta gouverne, ça t'intéresse de savoir, toi, mais pas moi, je suis déjà au courant ! Ensuite, pour une fois sa bande de gugusses n'était pas là, je peux bien être indulgente, non ? Oh, et puis tu m'énerves, je suis d'humeur charitable aujourd'hui, point.

 

- Ok, alors ce sera sans problème que tu raconteras tout à ton Julien d'amoureuh !!

 

La matinée avait continué ainsi, rythmée par les supplications de mon adorable petit chou -ironique-. La dernière sonnerie entendue par tous les élèves, sans exception, ils se jetèrent hors de cette bâtisse des moins hospitalière. Je me dépêchai de piétiner le trottoir, espérant ainsi semer Julien resté un peu plus longtemps pour bavarder avec un de ces horribles profs. Mais mon acharnement n'eut raison de rien. Ses pas se firent plus rapides encore que les miens. Déçue au plus haut point, je courais maintenant pour traverser ce long boulevard juste avant que le moteur des voitures bloquées au feu rouge ne se mette en marche. Dommage pour lui, il y était presque. Mais il lui faudrait attendre que le petit bonhomme vert veuille bien réapparaître. En attendant, je me jetai au coin de la rue, essoufflée. Je pris la direction de la petite et vieille pancarte accrochée au mur de briques. Je me glissai alors dans la boutique et m'accoudai au comptoir. La femme tenant office de patronne m'apparut bien vite. Je put ainsi entamer notre conversation devenue maintenant hebdomadaire. Sabrina m'apporta un vers de jus de citron. Je le sirotai lentement pendant qu'elle me questionnait du regard. Une fois la dernière goutte avalée, je pu ouvrir le rabat de mon sac. Julien arriva juste à ce moment là. Il se précipita sur moi. Omettant de saluer la femme brune accoudée à son comptoir. Il m'attrapa le poignet et me tira dans la rue. Je lançai un bref regard à Sabrina. Une fois le coin de la rue passée, il devint écarlate. Et finalement parti en courant dans la direction opposée de chez nous. J'avais vexé le pauvre petit chou... C'est ce que je pensais à ce moment là. Mais je ne me rendais pas encore compte de comment j'avais été. Toute la journée. Tous les jours. Depuis déjà plusieurs semaines. Et, aujourd'hui, je le sais. Je n'aurais jamais du être comme ça. J'aurais du le suivre. Même s'il avait déjà beaucoup d'avance, je savais où il allait. Se noyer. Dans un bain de foule. Au Grand Parc. Et j'aurais pu le retrouver. Parce qu'il aurait été sur le banc. Notre banc. J'aurais du courir. L'attraper par la manche. Et lui dire. Mais, finalement, je m'aperçois que, même aujourd'hui. Ce jour où j'écris ce livre. Je ne peux pas. Pas plus qu'il y a dix ans. Alors, ce jour là. Jour où je t'avais laissé partir. Je suis tout simplement rentrée chez moi. Et j'ai relu la lettre. Comme pour me prouver à moi-même que j'avais eu raison de faire ce choix.

 

 

 

Ils me souriaient. La laisse de Cactus tirait. Elle tirait sur ma main. Et j'ai lâché. Je l'ai laissé partir. Je suis restée face à eux. Puis, le plus grand s'est avancé. Il n'était sûrement pas d'origine française. Je m'en moquais. Leur origine m'importait peu. Je me souciais plus de leur avenir. De notre avenir. Et il avançait. Et je reculais. Les autres restaient en retrait. Mais ils ne perdaient pas une miette du spectacle qui se jouait devant leurs yeux. Ils ne bougeaient pas. Et semblaient même ravis. Mais je l'ai vu. Lui. Il était un peu à l'écart. Rien de bien choquant. Mais je le voyais. Et, ne resistant pas. Je détournai le regard. Et le plongeai dans le sien. Ascension qui serrai, bien plus tard, mortelle. Il ne me souriait pas. Mais je le voyais. Je le voyais qu'il était différent. Un souffle chaud parvint jusqu'à moi. Je fis face à l'homme. Et il avançait. Et je reculais. Mais, le mur. Il y avait le mur de cette vielle entreprise désaffectée. La lune était pleine. Je distinguais clairement son visage. Ses traits étaient durs. Peut-être avaient-ils été durcis par le temps. Il me sourit. Putride, son haleine parvint jusqu'à mes narines. Je pivotai ma tête. Erreur. Sa main froide poussa mon menton afin de la ramener dans sa direction première. Puis, doucement, elle remonta jusqu'à ma joue. Il la caressa. Approcha son visage du mien. Ses lèvres frôlèrent les miennes. Dégoût. Soudain, peur. Mon coeur commençait à s'affoler. Mon esprit commençait à s'activer. Je compris. Ce n'était pas de simples inconnus. Ce n'était pas juste cinq minutes dans ma petite vie, m'offrant ainsi une poussée d'adrénaline. Non, c'était ma vie. Ma vie entre leurs mains. Ma vie au creux des mains de cet homme. Il les joignit aux miennes. Sa peau n'était pas douce. Son souffle chaud. Perturbant. En aucun cas rassurant. Son sourire affreux. Terrifiant. Et, doucement, son visage se rapprocha encore un peu. J'étais coincée. Je ne pouvais rien faire. Je ne savais pas ce qui allait se passer. Aucun mouvement ne m'était permis. Ses lèvres allaient se coller aux miennes. Mais, ferme, une main les arrêta. Lui. Il était là. Mes yeux étincelèrent. Mon coeur s'affola un peu plus. Mes mains continuèrent à trembler. J'étais sauvée. La lune était pleine. J'allais renter chez moi. Ses yeux, dures, me fixèrent. Tout n'était pas si simple. Non, pas si simple. Pas aussi simple que j'avais osé l'espérer. Il était là. Moi aussi. La lune était pleine. Ce fut par une douce nuit froide.

 

 

 

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Vos impressions ?


PS : Désolée pour le retard =S. Le chpitre 5 peut-être la semaine prochaine, mais j'aimerais bien m'occuper de ma deuxième fiction aussi . Bises.

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Tous les commentaires de l'article:
Chapitre quatre ღ

  • knarta

    mar 19 mai 2009 08:17

    Bonjour, je sais, je suis horrible de pas de donner de nouvelles depuis tout ce temps comment ça va? Bon je vais t'écrire un tit mail comme ça fait plus "confidentiel" mdr... @+
    Au faite, ton histoire et toujours autant du tonner continue comme ça
    T'aime fort ma bleue

  • Charlie

    lun 18 mai 2009 14:10

    Que puis-je dire de nouveau...?
    Ah voilà!
    C'est titanesquement bien écrit!
    xD
    Bisous et continue comme ça! <3
    Merci encore pour tes passages sur mon blog c'est adorable!

  • cyril

    lun 11 mai 2009 21:54

    Waoo. Superbe.
    J'ai beaucoup aimé le début et la fin aussi, cette nouvelle lettre, aussi terrifiante que l'homme ...
    Mais là où tu pourrais te contenter de phrases simples, tu nous écrit de phrases parfaitement construites. Et c'est cela qui rend la lecture si agreable

  • ElodieD

    sam 09 mai 2009 16:38

    J'ai adoré *o*, c'était tout simplement magnifique <3

    Vivement la suite, je t'aime <333333333333333


 

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