Accueil Date de création : 28/03/09 Dernière mise à jour : 17/01/10 21:05 / 13 articles publiés
 

Bienvenue ღ  posté le samedi 28 mars 2009 13:31

 

Tout d'abord bonjour/bonsoir à tous. Merci d'être passé sur ce blog. Ceci est ma deuxième fiction. Vous pouvez me retrouver sur ma première, ici. Donc, arrêtons là le blabla inutile et place à l'histoire...

 

          "Espérer est un mot bien compliqué. Quand j'ouvre le dictionnaire et que je cherche, la réponse est celle-ci : trois définitions. Mais le dictionnaire ne m'aide en rien quand je cherche la signification de ma vie. Parce que mes grands-parents ont décidé de m'appeler ainsi, Espérance.


          "Ta maman est morte quand ton papa est mort. Et puis, elle est morte une deuxième fois quand toi tu es morte" m'a souvent répété ma grand-mère..."

 

Alexe_

 

Une dernière petite recommendation. Un commentaire, un mot, juste un, me suffit. Mais votre avis m'intéresse et compte pour moi. Un auteur n'est rien sans ses lecteurs. Qu'ils aiment, ou qu'ils n'aiment pas.

 

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Pour être prévenu de la suite : tout en haut à droite (restez informé).

 


 

 

 

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Sommaire ღ  posté le dimanche 29 mars 2009 14:34


Il y aura ici de répertoriés tous les chapitres avec un lien pour vous y retrouver en un clic ;)

 

 

Prologue ...................................................................................... page 1

Chapitre un : Orpheline, j'ai longtemps eu des parents .................... page 1

Chapitre deux : La vérité n'est pas forcément le bon choix ............... page 1

Chapitre trois : Ca n'aurait jamais du commencer. Pourtant... ........... page 2

Chapitre quatre : Ce fut par une douce nuit froide ........................... page 2

Chapitre cinq : Un petit ange, une boule de lumière ......................... page 2

Chapitre six : Un début n'est qu'une fin ........................................... page 2

Chapitre sept : C'est tout, du piment ............................................... page3

Chapitre huit :                                                 ...............................

Chapitre neuf :                                                ...............................

Chapitre dix :                                                  ...............................

...

Epilogue                                                         ...............................

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Prologue ღ  posté le dimanche 29 mars 2009 15:17

 

Une bourrasque de vent. De l'air frai qui s'échappe d'une fenêtre ouverte pour la première fois. Une fenêtre ouverte sur le monde extérieur, sur la liberté. Liberté entravée par des barreaux verticaux. Une femme qui saute à terre. Mais le papier est déjà trop loin. Elle rampe. Le plus vite qu'elle le peu. Mais le papier est déjà trop loin. Elle fait un bond au sol. Mais c'est trop tard. Le papier est déjà trop loin. De l'autre côté.

 

***

 

- Il … a avan ... avançait … v vers … moi … et … j a ai m mais … j'aimais … ça. Il avançait vers moi et j'aimais ça. Cha que … pas … le … r ra p pr pro chait rapprochait … un … peu … plu plus … de … l e ê ?! t r e … Chaque pas le rapprochait un peu plus de … Dis GranMa, la petite avait dévalé l'escalier à toute vitesse. Elle tirait maintenant sur la manche de sa grand-mère, Dis GranMa, j'arrive pas à lire ce mot, regarde, je le connais pas. Tu peux m'aider dis, s'il-te-plaît.

 

- Espérance, quoi encore ? Fais voir... C'est pour l'école La petite avait fait un signe de la tête pour dire que non. Elle avait tendu la feuille aux écritures manuscrites difficiles à déchiffrer pour son âge. Alors c'est quoi ? Fais moi voir ça, quel mot ne connais-tu pas ? Oui, cette femme parlait bien. Elle était issu d'une bonne famille. Avait toujours vécu dans la richesse, le non-dit, la politesse, la soumission. Elle n'avait jamais manqué de rien, pourtant une multitude de choses passées lui manquaient.

 

- Celui là GranMa. Elle avait posé son doigt sur la feuille afin de lui désigner le mot qui la gênait.

 

- Et bien, c'est pourtant si simple, un « e » avec un accent circonflexe, combien de fois vais-je devoir te redire que ce n'est que le son « è ». Suivi d'un « t » un « r » et un « e », ça donne être. Être, tu sais ce que ça signifie. Ou alors es-tu trop stupide pour savoir cela ? La petite s'était concentrée pour ne pas laisser la pluie sortir de ses yeux. Elle les avait levé au plafond. S'était imaginée une dizaine de soleils invisibles qui lui auraient  séché les pupilles. Pendant ce temps, la grand-mère avait commencé la lecture de la feuille de papier. Très vite, elle avait compris. Une expression de colère s'était affichée sur son visage. Du dégoût, oui, si on regardait bien, le dégoût y était plus important que la colère. Au fond des ses yeux, quelques gouttes de tristesse. Mélancolie, douce mélancolie. Colère, rage, rage sauvage. Une claque partit, puis deux. Elle fouilla dans sa poche. L'objet désiré y trônait encore. La petite ne sut retenir la pluie. Après tout, il n'y avait que Dieu qui savait contrôler ces éléments. Mais Dieu, elle n'y croyait déjà plus. Parce que si un Dieu existait, n'importe lequel en qui vous croyez, il lui aurait donné un père et une mère. Non GranMa et GranPa. GranMa, cette GranMa ouvrit la bouche en un rictus, des postillons en furent éjectés quand elle commença à parler. Crier. Elle criait. Où es-tu allée chercher ce papier. Tu es montée ?! Hein c'est ça petite sotte. Non, sotte c'est trop peu pour toi. Tu n'es qu'une imbécile. Une petite ignorante, une incapable !! Elle avait appuyé sur ce dernier mot, cette insulte. Parce qu'aujourd'hui, elle s'en fichait d'être blesssante, d'être juste, ou de ne pas l'être. Sa petite fille lui avait désobéi. Du moins, c'est ce qu'elle croyait. Parce que non, elle n'avait pas ouvert cette porte interdite à franchir. Puisque la clef était toujours dans la poche. Elle n'avait pas non plus parlé à la femme avec qui toute communication était interdite. Elle ne lui avait rien demandé. La feuille était juste passée sous la porte. Elle n'avait pas non plus demandé les deux gifles qui allaient suivre ainsi que les mots de plus en plus durs. Six ans était trop jeune pour se rendre compte que la vie n'est pas qu'un conte de fée. Pour perdre son innocence, vous direz-vous. C'est ce que pensait Espérance elle aussi.

 

La feuille avait continué sur sa lancée et été tombée au sol une dernière fois. Aucune de GranMa ou Espérance n'avait cherché à la récupérer. Elle était bien où elle était. Avec la poussière, les saletés et microbes qu'apportait le vieux parquet de cette grande et vielle maison. Maison trop grande pour une si petite famille. Trop vielle pour une fille de six ans qui voudrait vivre comme ses copains et copines. Ou plutôt qui aurait voulu vivre une enfance un peu plus longue. Remplie de joie, de rire. Accompagnée par ses parents. Mais Espérance n'avait pour famille que ses grands-parents. Grands parents qui avaient choisi ce prénom pensant que l'espoir viendrait avec cette enfant. Mais comme le disait si souvent Rose-Marie à la petite, « Ta maman est morte quand ton papa est mort. Et puis, elle est morte une deuxième fois quand toi tu es morte. », tout espoir était donc perdu...

 

 

Il avançait vers moi et j'aimais ça. Chaque pas le rapprochait un peu plus de l'être que j'appelais moi et j'aimais ça. J'aimais sentir ses mains courir sur mon corps, son souffle chaud se faufiler à travers mes cheveux pour parvenir à ma nuque. J'aimais ses yeux qui se fixaient sûrement sur moi mais que je ne voyais pas. J'aimais quand les pointes de ses longs cheveux peut-être noirs me picotaient la poitrine, quand il la chatouillait du bout de sa langue. J'aimais la chaleur de son corps quand il le blottissait contre le mien. Mais ils n'avaient pas le droit de faire ça. J'aurais aimé sentir le sang chaud sortir de mon corps encore une fois et lui couler entre les doigts. J'aurai aimé qu'il le sente glisser contre sa peau, qu'il sente mon souffle se saccader, qu'il sente mon corps se dérober de ses bras et glisser contre le mur en pierre grises, j'aurais aimé qu'il me rattrape avant que je ne touche le sol et qu'il me dise une dernière fois qu'il m'aimait. Mais ils n'avaient pas le droit de lui faire ça. Il a senti le sang chaud sortir de son corps pour la deuxième fois et me couler entre les doigts. Je l'ai senti glisser contre ma peau refroidie par la température de cette saison, j'ai senti son souffle se saccader au creux de mes lèvres, j'ai senti son corps se dérober et qu'il ne m'entourait plus de ses bras musclés, j'ai senti qu'il a glissé contre le mur en pierres grises et j'aurai aimé le rattraper avant qu'il ne touche le sol, mais je n'ai pas pu, la force me manquait, alors je me suis baissée et je lui ai dit que je l'aimais, pour la première fois, son cœur ne battait déjà plus. Mais ils n'avaient pas le droit de me faire ça.

 

"Le syndrome de Stockholm semble être une manifestation de l'inconscient, poussé par le premier but de l'homme : la survie. En effet, en s'attirant une sympathie envers l'agresseur, l'agressé s'éloigne petit à petit du danger, sachant contrôler, même inconsciemment, les émotions de l'agresseur. Ce qui lui vaudra peut être l'épargne de sa vie au profit d'une pacification pouvant être poussée à une fraternisation."


 

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Chapitre un ღ  posté le vendredi 03 avril 2009 13:03

 

 

- Espérance, n'oublie pas, je n'ai jamais vraiment su te le dire. Je crois qu'aujourd'hui encore je ne te le dirai pas avec les mots justes, ceux que j'aurais tant voulu que tu entendes. Mais tu sais, tu le sais, je n'y arrive pas. C'est toi qui me l'as dit, tu t'en souviens ? Elle lui releva le menton. Elle aurait pu la regarder dans les yeux, mais elle n'en fera rien. Un jour tu m'as aussi demandé ce qu'est le paradoxe. " Le paradoxe, c'est que je ne serai jamais ta mère, mais toi tu seras toujours ma fille. "

 

- Arrête tes bêtises GranMa. Ce livre tu sais très bien que je l'ai lu et relu. Comme elle. Parce que c'était son auteur préféré et que tu détestes ça. Beaucoup trop simple, beaucoup trop irréel et à la fois si vrai et beau. Oui, je crois qu'elle aimait ça. Et que toi tu détestes que je puisses aimer ce qu'elle aimait.

 

- Espérance, comment parles-tu ? Vous ai-je élevée comme cela ?

 

- Non, bien sûr que non, je suis désolée Madame. Vous savez, je crois que j'ai compris votre jeu. Quand vous voulez que je vous crois, quand vous voulais que je vous aime et quand vous voulez me faire croire que vous m'aimez, alors vous me tutoyez. Alors je vous imite et je vous tutoie. Seulement, moi, je n'ai jamais voulu vous faire croire quoi que ce soit, je n'ai jamais voulu que vous m'aimiez et vous ne l'avez d'ailleurs jamais fait et je ne veux toujours pas vous faire croire que je vous aime, je ne l'ai jamais voulu. Alors je vous tutoie, vous montrant ainsi le peu d'estime que j'ai de vous. Les gifles étaient devenues habituelles. La petite fille n'y faisait même plus attention. Les soleils ne lui servaient plus à rien. La pluie ne s'infiltrait plus dans sa tête. En tout cas, plus devant cette femme. Bien trop glorifiant pour elle. Frapper, vous savez si bien le faire. Vous êtes désarmée mentalement. C'est tout ce qu'il vous reste. Votre force physique. Votre mental est aujourd'hui inexistant. En réalité, il ne l'était pas. Il ne pouvait pas être inexistant, comme le disait si bien la petite. Non, loin de là. Avec ce qu'elle avait vécu, un mental inexistant n'aurait conduit qu'à la mort. Alors son mental était bien là. Mais une femme telle que celle là ne pouvait pas s'abaisser à répondre à une fille de dix ans aussi provocante. Alors il fallait la faire taire. Au plus vite. Avant qu'elle n'en dise trop. Vous n'êtes qu'une menteuse.

 

- Non Espérance, ne dites pas ça. Vous devez me croire. Je le pensais sincèrement.

 

- Oui, alors dans ce cas je vous crois. Vous et votre hypocrisie. La petite avait claqué la porte de la voiture et s'en était allée sous la pluie. Les larmes de la grand-mère coulaient maintenant à flots sur ses joues. Il y avait beaucoup trop d'eau pour les retenir. Elle avait fermé les yeux. Au loin, la petite fille s'était retournée sur son siège. Elle avait regardé par la lunette arrière. Ses yeux ne se portaient pas sur la femme restée debout devant chez elle. Elle regardait la maison et ce dernier étage. Ce grenier. Un jour elle découvrirait tout. Parce que la grand-mère mentait et elle le savait. Il ne fallait pas la croire. Tomber dans sa folie. Quelqu'un était enfermé là haut. Quelqu'un dont la vie n'était pas désirée. Mais quelqu'un qu'on refusait de tuer. Il fallait qu'elle parle. Et elle le ferait. Tôt ou tard. Parce que la vérité refait surface au moment où on s'y attend le moins. Toujours.

 

 

***

 

Orpheline, j'ai longtemps eu des parents. Quand j'étais petite, je croyais que Maman était à l'image de Barbie et Papa le sosie parfait de Ken. Mais cette période n'a pas duré bien longtemps. J'ai grandi très vite. J'ai tout de suite su que Maman ressemblait plutôt à Cendrillon et Papa était son Prince. Et puis j'ai découvert La Belle et la Bête. Maman serait donc la Belle et Papa la Bête. Je suis longtemps restée sur cette idée là. La peaufinant quelques peu. Aujourd'hui, je sais que Papa s'appelait Mohamed et Maman portait le nom de Catherine. Il était grand, beau, les cheveux d'un brun charmant, formant de petites bouclettes. Maman l'aimait d'ailleurs pour ça. Il avait de grands yeux marrons, des yeux de biche. Sa bouche était fine, d'un rose pâle, presque porcelaine. Mais il s'appelait Mohamed. Maman était blonde, les cheveux très lisses. Parfois ils étaient longs, parfois courts. Mais cela n'altérait en rien sa beauté. Son blond était naturel. Papa l'aimait pour ça. Son naturel. Son charme. Elle plaisait à tout le monde. Ses yeux étaient tantôt bleus, tantôt verts. Parfois même devenaient-ils gris. Elle n'était jamais vraiment sure d'elle. Pour ses yeux, c'était pareil. Ils ne savaient pas trop de quelle couleur ils auraient du être. Sa peau était blanchâtre. On ne pourrait pas dire blanche car cela n'existe pas. Blanchâtre lui allait parfaitement. Ce mot contraste avec le reste de sa description, et c'est ce que je voulais. Et puis, elle s'appelait Catherine. Jean-Charles était brun, les yeux verts. Grand, musclé. La peau beige. Tout ce qu'il y a de plus normal. Mais il s'appelait Jean-Charles et GranMa en était folle. Je crois que si elle avait été assez jeune et belle pour ça, elle l'aurait épousé. Seulement elle avait déjà trente cinq ans. Maman aimait GranMa. Mais beaucoup de choses dans la famille la poussaient à être tel qu'elle l'était. Ce n'était effectivement pas la gentille petite fille. Papa l'appelait le vilain petit canard. Vous connaissez peut-être ce film. Maman avait obéi à GranMa. Mais elle en avait marre. Elle n'en pouvait plus. Les règles de cette famille n'était pas les siennes. La mentalité n'était pas la sienne. Et la politique ne se discutait pas comme elle l'aurait voulu. En réalité, elle ne se discutait tout simplement pas. On n'était pas dans le besoin. Pourquoi chercher à contredire ce président ? Oui, dans cette famille, la politique se résumait ainsi. Ça n'avait pas changé. GranMa n'aimait toujours pas Papa. Maman était toujours opposée à GranMa. Comme j'aurai aimé l'avoir déjà vu. Mais elle n'était plus là. Il n'existait plus rien d'elle. Ni de lui. A part peut-être moi. Et je croyais que c'était pour ça que GranMa me détestait tant. Mais qu'importait ? Ce jour là, comme chaque été depuis déjà cinq ans, j'étais allée dans la voiture de Paul, le chauffeur de la famille. Il m'emmenait à la gare. Et pendant deux mois, je ne verrais plus cette maison affreuse. Tout doucement, je chantonnais la chanson que Papa avait écrite pour moi.

 

La nuit s'ahève maintenant

Il suffi d'y croire au même instant

Ensemble on va tous s'en sortir


Un monde se meurt

Un nouveau monde se lève

Du fon du coeur

Le même rêve nous soulève

 

Je fermai les yeux et m'imaginai les mots sortant de la bouche de Papa. Aujourd'hui était mon anniversaire. J'avais dix ans et GranMa venait de m'envoyer encore une fois dans un des ses camps de Jeannettes. Je n'aimais pas ça.

 

 

 

 

 

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PS : L'histoire des parents d'Espérance est un peu floue, c'est fait exprès, pareil pour Jean-Charles xD.


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Chapitre deux ღ  posté le vendredi 10 avril 2009 19:01

 

Julien. Beau, comme toujours. Oui Alexe, tu l'avais dit, voici tes paroles « moi jte le dis, c'est un futur beau goss ». Et bien tu avais raison. Un vrai tombeur. Alors pourquoi moi ? Je n 'en savais rien. Il plaisait à tout le monde mais il m'avait choisi moi. Oui, illogique. Mais qu'importait ? Et puis, en y repensant, c'était peut-être parce que nous habitions à quoi, trente secondes l'un de l'autre. C'était peut-être pour ça en effet. Oui, ça devait être la raison pour la quelle nous étions meilleurs amis. Alors pourquoi tout a changé si vite ? Julien, pourquoi ? Nous n'avons pourtant pas déménagé tout de suite. Alors pourquoi ?

 

Je me rappelle, ce jour là il avait plu. J'avais eu quinze ans la veille. Toi, tu les avais déjà depuis deux mois. Cette année exceptionnelle. Je ne partirai pas en camp de vacances. Les années suivantes allaient l'être aussi. Puisque que finalement, je n'y partirais plus dans ces camps. Pourquoi GranMa avait-elle attendu si longtemps pour arrêter de m'envoyer là-bas ? A cette époque cette question demeurait sans réponse pour moi. Mais ça allait changer. Oui, aujourd'hui je crois que je comprends enfin ce qui s'est passé. Cependant, la compréhension n'aide pas forcément à pardonner. Non, je n'ai toujours pas pardonné à cette femme. Elle n'avait pas le droit de gâcher mon enfance ainsi. Ce jour-là, il avait plu. Julien m'avait raccompagnée jusqu'à ma porte d'entrée. Comme à son habitude. Un vrai petit garçon doux et attentionné caché derrière l'apparence d'un gros dur. Qu'est-ce qu'il a pu me faire rire toutes ces années. Ces moments me manquent. J'avais refermé à regret la porte sur son visage. J'étais directement montée dans ma chambre. Je ne prenais plus la peine de murmurer un vague « Bonjour » à GranMa. GranPa, quant à lui était assis dans son salon. Encore à réfléchir. Assis sur son imposant fauteuil en cuir. Il passait le plus clair de son temps sur ce fauteuil. Je ne savais pas à quoi pouvait-il bien penser. Mais une chose était sure, ce n'était pas joyeux. Toujours, quand je passais devant lui, ses lèvres s'étiraient en un large sourire. Mais bien vite effacé par un éclaire de tristesse traversant ses yeux. La même tristesse se reflétait souvent dans le regard de GranMa quand elle m'observait longuement. J'avais pris cette habitude. De détourner le regard. Je ne pouvais plus affronter leurs démons. J'avais bien essayé. En vain. Jamais ils ne s'étaient ouverts à moi. Alors au bout de quelques années j'ai bien compris qu'il faudrait que je me contente de ça. De cette vie. Ou plutôt des ces deux vies. Il y avait celle que j'entretenais avec les gens au collège. Et celle qui me rattachait à mes grands-parents. Je m'étais refusée de les appeler Papa ou Maman. Et aujourd'hui, je crois que c'était mieux ainsi. Ça n'aurait fait qu'aggraver les choses. Ce jour-là il avait plu. Je m'étais enfermée dans ma chambre après avoir salué mon grand-père. La pluie me faisait cette effet. Une extrême envie de solitude. De me replonger dans de vieux souvenirs. Je tirai donc mon tiroir et en sortis mes vielles rédactions. Toutes celles que j'avais faites depuis mon entrée au collège. Je pris ma première, celle de sixième. La prof de français nous avait dis, dès le premier jour quelque chose qui ressemblait à ça : « Je m'appelle Mme Pinot et je serais votre professeur de français cette année. Si le contact est bien installé entre nous, je demanderai à vous avoir pour votre troisième afin de vous préparer au Brevet des Collèges » A partir de ce moment j'ai su que je n'arriverai pas à la supporter. J'ai tout de même fait un effort et j'ai essayé de sourire. Peine perdue. Mes fines lèvres rosâtre n'ont su que s'étirer en un rictus maladroit. Et, malheureusement, le contact est bien passé entre elle et le reste de la classe. Je l'ai eu pour ma troisième. Elle a tout de suite ajouté « Je ne vais pas vous laisser le temps de vous reposer dès la rentrée. C'est pourquoi je vous propose un sujet libre. Ainsi je vous connaîtrai déjà un peu plus et je pourrai juger votre talent si vous en avez un et vos erreurs si vous en faite. La seule condition, ici, étant d'écrire un texte autobiographique. » Le ton étant donné, nous sortîmes tous une copie double et nous mirent au travail. Je me souviens bien de ce moment. Seul Julien était resté sans rien faire pendant cinq bonnes minutes. Je repris ma copie double et commençai ma lecture. Me replongeant dans ce passé déjà tumultueux.

 

« Ma vie n'a rien de bien ou de mauvais. Je suis née en bonne santé et je le suis toujours. Mes parents n'existent pas aux yeux des autres. A mes yeux, bien sûr que si. Comme n'importe quels parents pourraient exister. Mais ceux ne sont pas n'importe lesquels et je ne suis pas n'importe qui. Je dois sûrement paraître prétentieuse dans mes dernières phrases. Mais je ne cherche pas à être modeste, vaniteuse, humble, hypocrite ou n'importe quels défauts que vous pourrez me trouver. Le seul étant peut-être que je suis spéciale. Je me trouve spéciale plus précisément. Les gens diraient plutôt originale. Mais originale, on s'en sert quand on ne veut pas vexer une personne en lui disant qu'on ne l'aime pas. Alors on dit 'originale'. Moi, je suis spéciale. Dans ce récit je ne chercherai pas à donner un aspect mélioratif ou péjoratif de ma vie. Juste mon point de vue. Je n'aime pas les sujets libres comme vous me l'avez imposée aujourd'hui madame. Beaucoup trop vague. Je ne sais pas où aller. Je ne sais absolument pas si ce que je fais là est une autobiographie. Et je crois que je m'en moque pas mal. Je n'écris pas ça pour que vous me connaissez mieux. Parce que je n'en ai aucune envie. Alors j'écris pour le plaisir d'écrire. J'écris pour moi. Et je ne compte pas faire autre chose. Je ne pense pas que ma vie vous intéresse réellement. Et puis, ça vous fait des copies en plus à corriger. Je sais qu'en lisant les premières lignes vous auriez pu croire que j'allais répondre au sujet comme vous le vouliez. Mais non. La vérité n'est pas forcement le bon choix. Aujourd'hui mon choix et de ne rien dire du tout. Au moins, je suis sûre de ne pas ma tromper. Et comme ça, vous passerez un peu moins de temps à travailler. Finalement je crois même que vous pourriez me remercier. »

Le point finale de cette rédaction était là. Je m'étonnai de mon audace. Je posai la feuille à terre et voulu prendre la suivante. Mais un bruit au dessus attira mon attention. Au dessus, au ... grenier.

 

Si ce n'est pas de l'amour ce que je ressens, qu'est-ce ? Ce coeur dans ma poitrine qui bat si vite. Ses mains qui tremblent. J'essaye de les stopper. Rien. Je ne réponds plus de mes gestes. Et cette voix ? Pourquoi cette voix si fragile ? De l'amour dirais-tu ? De l'amour... Ce visage rougi. Ses yeux emplis de larmes. Mes joues creusées. Par ? La peur ? La peur de quoi. La peur de l'amour. Mais si ce n'est pas ça, qu'est-ce ? Cette eau salée. Oui, tu sais. Celle qui coule de mes yeux. De l'amour... Non, de la haine. Tu dis de l'amour. Cette sensation de légèreté. De liberté. Comme si aucune barrière ne nous retenaient. Non, je te dis de la haine. Ma haine qui monte en moi. De l'amour à la haine il n'y a qu'un pas. Je suis désolée de commencer mon récit ainsi. Tu as quel âge ? Quinze ans, seize peut-être. Alors tu pourras comprendre. Tu peux sans doute comprendre ça, que de l'amour à la haine il n'y a qu'un pas. Moi, j'ai mis quinze ans aussi à m'en rendre compte. Et surtout à commencer à penser qu'un jour, ce serait moi qui franchirai cette ligne. Tu commences à le penser toi aussi ? C'est bien. Tu grandis. Deux ans. Oui, deux ans. Il ne m'a fallu que ça pour le faire. Ce pas. Deux ans. Tu trouveras ça court. Je le sais. Tu es heureuse alors tu trouves ça court. Moi aussi, je crois,je trouvais ça court. Oui, à cette époque, j'étais heureuse. Deux ans peuvent paraître extrêmement longs si on ne s'y amuse pas. Tu crois qu'en deux ans j'arriverais à t'expliquer ce qui s'est passé ? Je n'en sais encore rien. Mais je vais essayer. Encore une fois, je suis désolée de commencer ainsi. Je ne te donne l'espoir de vivre là. Mais tu l'auras. Dans ta vie, j'en suis sûre. Et puis, au cours de mon récit. Oui, tu l'auras. Tout comme moi je l'ai eu. Crois moi. Fais moi confiance.


 


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